Fragments (1983-1986)

Fragments.

L'élément caractéristique et signalétique est un lambeau de peinture : peinture (vinylique) sur une préparation de pâte à papier à texture très irrégulière (étalé au hasard sur un tamis, puis peint, et enfin décollé). Ce fragment porte l'image et constitue la « figure » de la peinture. Le fragment est d'abord une manière de dire la situation éclatée, dispersée de toute actuelle production de sens: la « catastrophe sémantique » disait A Bonito-Oliva. Le "lambeau" de peinture est à-la-fois, d'évidence même, un fragment; mais aussi un signe plastique qui me satisfaisait, parce que connoté sur les autres niveaux de sens qui m'intéressaient: l'histoire, la fresque, la stratification, la fragilité.

Tableaux au blanc et tableaux au noir.

Ce procédé, le « lambeau de peinture », va devenir pour 3 ou 4 ans le signe caractéristique de mon travail. Il porte, pour une part, une image, une figure, quelquefois citation directe d'une oeuvre classique, quelquefois reprise reprise d'un thème, souvent croisement de références multiples; l'exécution est rapide, enlevée, colorée. D'autre part, la mise en oeuvre de ce matériel sur des surfaces diverses travaille les questions d'espace pictural, de fragmentation, du lieu de la peinture, qui restent le coeur de mes préoccupations.

Ainsi, le tableau (toile sur chassis) est d'abord le lieu d'écart d'avec la peinture murale. Ensuite, dans le travail du tableau-même, cet écart est redoublé par la mise en place d'une polarité : tableaux "au blanc", évoquant la fresque (peinture claire, enduit poudreux) et tableaux "au noir", sombres, évoquant le tableau de chevalet, la peinture à l'huile (enduit à la cire, brillance, profondeur).

Installations (sur le mur, 3).

La Roche Jagu: Et in Arcadia ego. (mai 83). C'est le premier emploi du "lambeau de peinture" pour une peinture murale. Les fragments sont directement collés sur le mur; le grand panneau central, sur papier, reprend les procédés des travaux de 82, et a été réalisé aux dimensions de l'espace mural à occuper.

Pontivy: La décollation de Ste Tréphine. (février 84). in situ dans une chapelle rurale (ND de la Houssaye, Pontivy), lors d'une résidence d'artistes suivie d'une expo collective: Napoléonville; Malgré les autorisations officielles dument sollicitées et accordées, les « services de nettoyage » municipaux avaient détruit l'oeuvre le jour du vernissage !

Saint-Brieuc: Eglogue. (novembre 84). Cette installation est l'élément central d'une expo qui comprenait en outre des tableaux et des dessins. C'est une composition de fragments hétérogènes, dont la cohésion est confiée à un tracé régulateur inspiré des procédés classiques.

Rennes: Eloges. (mars 85). Dans le cadre d'une exposition collective dans la galerie de ce qui était alors la Maison de la Culture, la contrainte était de travailler sur une portion seulement d'un long mur, occupé par nombre d'oeuvres des divers artistes, mur parfaitement lisse d'une architecture moderne. Le tracé régulateur ici établi le motif des arcades, qui isole l'installation du reste de l'expo.

Morlaix: L'invention des traces. (juin 86). Ce sera la dernière installation murale de ce type. La plus complexe, aussi, avec la superposition de deux schémas géométriques, définissant les deux strates du dessin d'architecture, un ensemble de figures au fusain dessinées directement sur le mur (panneautage de bois dans l' encadrement en granit d'une ogive gothique), et enfin les fragments colorés.

1986. Dépositions

Le tableau reste le lieu obligé de tout travail de la peinture. Ce sont la réorganisation de fragments ayant servis à une installation, re-décollés du mur, et réutilisés en des tableaux, qui sont la réorganisation sur toile (en un format plus petit et selon une composition différente, resserrée ) des installations précédentes. 

Composition: L'appel aux tracés régulateurs (nombre d'or, ou armature du rectangle) vise à composer avec les fragments des structures plastiques cohérentes. Le réseau géométrique a pour rôle de "qualifier" la surface, et surtout permet d'investir un mur en construisant un espace autonome et strictement pictural, mais articulé à la singularité du lieu architectural, ainsi qu'à la texture murale chaque fois particulière. Ce dispositif compense le "flottement" du fragment.